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  • : Blog de la PTSI-A du lycée Gustave Eiffel (Bordeaux) : autour du cours de physique chimie, et bien au-delà...
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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 21:16

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Published by Qadri Jean-Philippe - dans Cahier de Textes
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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 20:35

« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent » (l’Homme révolté, 1951)

« C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit. » (l’Été, 1954)

 

J’ai été heureux de la question posée au début de notre premier cours. Dans ces deux citations de Camus, le sujet de la seconde est-il toujours celui de la première, à savoir la « vraie générosité » ?

Dit autrement : y aurait-il contresens à relier ces deux citations de Camus tirées de deux œuvres différentes ?

Je n’ai pas pu répondre tout de suite car j’aurais manqué le temps pour justifier la raison de mon rapprochement et parce qu’alors, je n’avais pas en mémoire le sujet exact de cette seconde phrase. Partons donc d’elle pour faire le cheminement inverse, en prenant le temps de comprendre comment ces textes (écrits par Camus pendant et juste après la seconde Guerre Mondiale), par l’analogie pédagogique que je tisse comme par la triste actualité qui est nôtre, ont gardé toute leur puissance suggestive en cette rentrée 2016 :

 

« Nous ne gagnerons pas notre bonheur avec des symboles. Il y faut plus de sérieux. Je veux dire seulement que parfois, quand le poids de la vie devient trop lourd dans cette Europe encore toute pleine de son malheur, je me retourne vers ces pays éclatants où tant de forces sont encore intactes. Je les connais trop pour ne pas savoir qu’ils sont la terre d’élection où la contemplation et le courage peuvent s’équilibrer. La méditation de leur exemple m’enseigne alors que si l’on veut sauver l’esprit, il faut ignorer ses vertus gémissantes et exalter sa force et ses prestiges. Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s’y complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzche appelait l’esprit de lourdeur. N’y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer sur l’esprit, il suffit de travailler pour lui.

Mais où sont les vertus conquérantes de l’esprit ? Le même Nietzsche les a énumérées comme les ennemis mortels de l’esprit de lourdeur. Pour lui, ce sont la force de caractère, le goût, le “monde”, le bonheur classique, la dure fierté, la froide frugalité du sage. Ces vertus, plus que jamais sont nécessaires et chacun peut choisir celle qui lui convient. Devant l’énormité de la partie engagée, qu’on n’oublie pas en tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui s’accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et de menaces. Mais de celle qui résiste à tous les vents de la mer par la vertu de la blancheur et de la sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit. »[1]

 

Pour Camus, nous avons à travailler non pour la violence mais pour l’esprit, non à la destruction mais à la vie. Or

 

« Il n’y a pas de vie sans dialogue. […] Les hommes vivent et ne peuvent vivre que sur l’idée qu’ils ont quelque chose en commun où ils peuvent toujours se retrouver. »[2]

 

Ceci compris, le travail pour l’esprit ne peut pas être un travail solitaire sous peine de perdre sa raison d’être. Car si un tel travail participe à « sauver l’esprit » comme à maintenir les « forces […] encore intactes » de « ces pays éclatants » qui les abritent, il ne peut pas me concerner moi seul : aucun de nous n’est une monade, aucun de nous n’est un être autosuffisant.

Bien au contraire, ce travail pour l’esprit, tout en prenant en compte notre individualité propre :

 

« définit en même temps notre solidarité à tous. C’est parce que nous avons à défendre le droit à la solitude de chacun que nous ne serons plus jamais solitaires. [Si] Nous sommes pressés, [pour autant] nous ne pouvons pas œuvrer tout seuls. »[3]

 

On comprend donc que la « force de caractère » ne va pas sans « les forces de la natures ni celles de l’amitié » qui constituent rien moins que « ses racines »[4].

Il s’agit de ne pas s’illusionner : ce ne sont pas « les idéologies de l’efficacité, appuyées sur la technique »[5], avec leurs promesses de succès rapide et, finalement, solitaire, qui donneront un sens et une dignité à nos actes mais bien une « force de caractère » qui laisse une place égale, voire la place éminente à « la force d’amour »[6].

Point de sentimentalisme dans de tels propos, encore moins d’idéalisme, puisque l’amour que Camus appelle est « le seul amour vraiment viril en ce monde » – viril en ce sens qu’il fait preuve de courage et de solidarité, la conscience de la nature « périssable » de son action ne limitant pas son caractère « généreux » :

 

« le seul amour vraiment viril en ce monde : périssable et généreux. »[7]

 

Aussi  lorsque Camus affirme :

 

« Nous ne gagnerons pas notre bonheur avec des symboles. »

 

nous pouvons en retirer trois leçons : (1) non seulement le bonheur se construit – il se « gagne » – plus qu’il se désire – il « se gagne », mais non pas « avec de symboles », non pas en imagination paresseuse ou en théorie irréalisables – (2) mais selon « les vertus conquérantes de l’esprit », (3) en une conquête qui n'est point destruction mais construction, qui ne peut mettre hors-jeu la solidarité, l’amitié et l’amour qui est suggéré par le pluriel du sujet conquérant (« nous »). Le contraire reviendrait à  prendre le risque de voir s’installer « la honte à être heureux tout seul[8] » tant il est vrai que

 

« Le bonheur est généreux. Il ne vit pas de destructions. »[9]

 

Ainsi, la « force de caractère » de l’individu ne va pas sans une forme de « générosité » qui le conduit à œuvrer pour le groupe auquel il appartient, les deux agissant de concert dans le présent pour que demeurent aussi bien la certitude d’un « bonheur » que la promesse d’un « avenir ».

Et nous de retrouver la célèbre phrase de l’Homme révolté :

 

« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent »

 

[1] « Les amandiers » (1940), dans l’Été (1954), Folio2€ no4338, p.54-55.

[2] « Le témoin de la liberté » (1948), dans Actuelles, Folio essais no305, p. 208-209.

[3] Ibid., p. 214.

[4] Ibid., p. 211.

[5] Ibid., p. 212.

[6] Ibid., p. 211.

[7] Noces.

[8] La Peste.

[9] Caligula, Acte IV, Scène XIII, Folio théâtre, no6, p. 168.

 

 

 

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 17:00

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:07

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 22:52

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 23:23

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 21:41

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 00:35

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 22:41

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 14:01

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