Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : L'atelier
  • L'atelier
  • : Blog de la PTSI-A du lycée Gustave Eiffel (Bordeaux) : autour du cours de physique chimie, et bien au-delà...
  • Contact


Archives

16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 20:24

RousseauNouvelObsDeuxième extrait de l'article du hors-série du Nouvel Observateur consacré à La profession de foi du vicaire savoyard  (1761) :

 

« Revenir à la voix de la conscience, c’est être capable de retrouver, à travers la morale, la dimension religieuse de l’existence et de réintégrer notre véritable place d’agents libres dans l’univers. Nous délirons parce que rien ne vient contrarier nos passions sociales et que nous estimons pouvoir nous orienter moralement sans la norme de la conscience qui renvoie elle-même à Dieu. Rousseau est donc le promoteur d’une religion naturelle, qui ne dépend que de la conscience et de l’intelligence hu­maines, et semble se passer entièrement des reli­gions positives, c’est-à-dire celles qui se sont affirmées dans l’histoire. D’ailleurs, Rousseau est tout à fait hostile à la superstition qui encombre les religions, et il dénonce volontiers, dans la deuxième partie de la « Profession de foi du vicaire savoyard », ces révélationsqui n’ajoutent rien à la religion de la conscience et, au contraire, l’exposent à toutes les déformations et absurdités humaines.

Dieu n’a-t-il pas tout dit à nos yeux, à notre conscience, à notre jugement? Qu'est-ce que les hommes nous diront de plus ? Leurs révélations ne font que dégrader Dieu en lui donnant les passions humaines.

 En homme des Lumières – car il n’est pas l’anti­-Lumières que nous présente sa caricature –, Jean-Jacques critique aussi sans concession la croyance au miracle.

Otez les miracles de l’Evangile, et toute la terre est aux pieds de Jésus-Christ, s’écrie-t-il dans la troisième des « Lettres écrites de la montagne » (1764). Pour lui, comme pour beaucoup de philosophes de son temps, toutes les religions positives, présentées comme issues de révélations et appuyées sur les miracles, sont en réalité des construc­tions humaines qui recouvrent la “religion naturelle” et la rendent méconnaissable en introduisant mille croyances plus ou moins aberrantes. 

Pourtant Rousseau se distingue de nombreux penseurs de son époque en réservant une place toute particulière au Christ des Evangiles. En effet, le lecteur de l’« Emile » a la surprise de voir, au tournant de la « Profession de foi du vicaire », Jésus détrôner Socrate:

Si la vie et la mort de Socrate sont d’un sage, la vie et la mort de Jésus sont d’un Dieu. 

Quant aux Evangiles, ils font figure, en matière de morale, de livre le plus utile et le plus exact entre tous sur la Terre :

Les préceptes de Platon sont souvent très sublimes, mais combien n’erre-t-il pas quelquefois, et jusqu’où ne vont pas ses erreurs ? [ ... ] L’Evangile seul est, quant à la morale, toujours sûr, toujours vrai, toujours unique, et toujours semblable à lui-même(« Troisième Lettre écrite de la montagne »).

Qu'est-ce à dire ? Pourquoi Jésus est-il l’homme que Rousseau fait passer non seu­lement avant Platon, mais aussi avant Caton, Numa ou Lycurgue, ces fondateurs ou restaurateurs de cités et d’Etats antiques qu’il admirait tant ? Parce que Jésus a fait pivoter l’histoire de l’humanité sur ses gonds. Il est à l’origine d’une ouverture décisive, qui fait rupture et change tout. De quelle rupture s’agit-il ? »

Ghislain Waterlot, La foi du vicaire,

Le Nouvel Observateur (hs no76 juillet/août 2010)

 


Partager cet article

Repost0

commentaires