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  • : Blog de la PTSI-A du lycée Gustave Eiffel (Bordeaux) : autour du cours de physique chimie, et bien au-delà...
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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:52

[42 | 207]

Liasse II

> GF, p. 114.

« Combien de royaumes nous ignorent ! » 

 

François Mauriac fait référence à trois reprises au moins à cette pensée en l'applicant au(x) monde(s) du roman et des auteurs.
cf. 19 mai 1960, On n'est jamais sûr de rien avec la télévision, p. 117.
cf. Bloc-note V, p. 335.
cf. correspondance à Jacques Rivière, p. 30.

 

Charles-Augustin Sainte-Beuve :
« Élevons un peu notre pensée. Qu'est-ce que le désir de la gloire chez les hommes, à bord de cette terre qui vogue dans l'espace infini où elle naufragera un jour ? Il me semble voir à bord d'un gros vaisseau destiné au naufrage, ou plutôt dont le naufrage est continuel et déjà commencé, de nombreux passagers desquels pas un n'arrivera, et dont les premiers morts ont un désir insensé d'occuper la mémoire des survivants, de ceux qui vont bientôt disparaître et s'abîmer à leur tour. Il est vrai qu'à le voir de près, le vaisseau est immense, que les passagers d'un pont ne connaissent pas ceux d'un autre pont, et que la poupe ignore la proue ; cela fait l'illusion d'un monde. Il est vrai encore qu'en même temps qu'on meurt en un coin du vaisseau, on danse, on se marie, on fête les naissances tout à côté, et que l'équipage se reproduit et ne diminue pas. Mais, qu'importe ? il n'est pas moins voué tout entier à un seul et même terme. Nul ne sortira de cette masse flottante pour aller porter son nom ni celui de ses semblables sur les rivages inconnus, sur les continents et les îles sans nombre qui étoilent le merveilleux azur. Tout se passe entre soi et à huis-clos. Est-ce la peine ? - J'ai fait la paraphrase, mais Pascal a rendu d'un mot cette pensée : Combien de royaumes nous ignorent ! »


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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:52

[43  | 136]

Liasse II

> GF, p. 83.

« Peu de chose nous console parce que peu de chose nous afflige. » 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:51

[44 | 82]

Liasse II

> GF, p. 63-64.

« Imagination. –
C’est cette partie dominante [Laf : décevante] dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours ; car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l’était infaillible du mensonge. Mais, étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant du même caractère le vrai et le faux.
Je ne parle pas des fous, je parle des plus sages ; et c’est parmi eux que l’imagination a le grand droit de persuader les hommes. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses*.
Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans l’homme une seconde nature. Elle a ses heureux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres. Elle fait [64] croire, douter, nier la raison. Elle suspend les sens, elle les fait sentir. Elle a ses fous et ses sages. Et rien ne nous dépite davantage que de voir qu’elle remplit ses hôtes d’une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison. Les habiles par imagination se plaisent tout autrement à eux-mêmes que les prudents** ne se peuvent raisonnablement plaire. Ils regardent les gens avec empire ; ils disputent avec hardiesse et confiance ; les autres, avec crainte et défiance : et cette gaieté de visage leur donne souvent l’avantage dans l’opinion des écoutants, tant les sages imaginaires ont de faveur auprès des juges de même nature***.
Elle ne peut rendre sages les fous ; mais elle les rend heureux, à l’envi de [= rivalisant avec] la raison
**** qui ne peut rendre ses amis que misérables, l’une les couvrant de gloire, l’autre de honte . » 

 

*/ Cf. Montaigne, Essais, I, 14 : « notre opinion donne prix aux choses. »


**/ = les personnes lucides, ceux que la suite du texte appelle les « amis » de la raison.


***/  Cf. Montaigne, Essais, III, 8 : « Rien ne me dépite tant en la sottise que de quoi elle se plaît plus qu'aucune raison ne se peut raisonnablement plaire. C'est malheur que la prudence vous défend de vous satisfaire et fier de vous et vous en envoie [= vous renvoie] toujours malcontent et craintif là où l'opinâtreté et la témérité remplissent leurs hôtes d'éjouissance et d'assurance. C'est aux plus malhabiles de regarder les autres hommes par-dessus l'épaule, s'en retournant toujours du combat pleins de gloire et d'allégresse. Et le plus souvent encore cette outrecuidance de langage et de gaieté de visage leur donne gagné à l'endroit de l'assistance, qui est communément faible et incapable de bien juger et discerner les vrais avantages. »


****/ Pascal attribue à l'imagination de que Montaigne référait à la fortune ; cf. Essais, III, 8 : « On s'aperçoit ordinairement aux actions du monde que la fortune, pour nous apprendre combien elle peut en toutes choses, et qui rpend plaisir à rabattre notre présomption, n'ayant pu faire les malhabiles sages, elle les fait heureux, à l'envi de la vertu. »


[44  | 82]

Liasse II

> GF, p. 64-65.

« Qui dispense la réputation ? qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculté imaginante ? Combien toutes les richesses de la terre [sont] insuffisantes sans son consentement !
Ne diriez-vous pas que ce magistrat, dont la vieillesse vénérable impose le respect à tout un peuple, se gouverne par une raison pure et sublime, et qu’il juge des choses par leur nature sans s’arrêter à ces vaines circonstances* qui ne blessent [= qui n'impressionne et n’égarent] que l’imagination des faibles ? Voyez-le entrer dans un sermon, où il apporte un zèle tout dévot, renforçant la solidité de sa raison par l’ardeur de sa charité ; le voilà prêt à l’ouïr avec un respect exemplaire. Que le prédicateur vienne à paraître, si la nature lui a donné une voix enrouée et un tour de visage bizarre, que son barbier l’ait mal rasé, si le hasard l’a encore barbouillé** de surcroît, quelque grandes vérités qu’il annonce, je parie la perte de la gravité de notre sénateur.
[65] Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne faut, s’il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra***. Plusieurs [= un grand nombre de personne] n’en sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer****. »
 

 

*/ Cf. Montaigne, Essais, III, 8 : « Je me bande [= raidis] volontiers contre ces vaines circonstances qui pipent [= trompent] notre jugement par les sens ; et, me tenant au guet de ces grandeurs extraordinaires, ai trouvé que ce sont, pour le plus, des hommes comme les autres. »

 

**/ Ce prédicateur achève par là de ressembler à un personnage de farce ; cf. La Jalousie du Barbouillé, de Molière, où le personnage principal jouait le visage enfariné ou maculé de lie-de-vin.

 

***/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 : « Qu'on loge un philosophe dans une cage de menus fliets de fer clairsemés, qui soit suspendue au haut des tours Notre-Dame de Paris, il verra par raison évidente qu'il est impossible qu'il en tombe, et si [= pourtant] ne se saurait garder (s'il n'a accoutumé le métier des recouvreurs) que la vue de cette hauteur extrême ne l'épouvante et ne le transisse. Car nous avons assez affaire de nous assurer aux galeries qui sont en nos clochers, si elles sont façonnées à jour, encore qu'elles soient de pierre. Il y en a qui n'en peuvent pas seulement porter la pensée. Qu'on jette une poutre entre ces deux tours, d'une grosseur telle qu'il nous la faut à nous promener dessus: il n'y a sagesse philosophique de si grande fermeté qui puisse nous donner courage d'y marcher comme nous le ferions, si elle était à terre. » L'exemple de la poutre servant à illustrer le pouvoir de l'imagination remonte à saint Thomas d'Aquin (Somme contre les Gentils, III, 103 ; Somme Théologique, III, q.13, art. 4 : « le corps obéit naturellement à l'imagination, si elle est forte, relativement à certaines choses, comme par exemple quand on tombe du haut d'une poutre qui se trouve très élevée »), qui le tient lui-même d'Avicenne (De l'Âme, IV, 4). Pascal remplace la succession de tableaux que décrit Montaigne par une représentation unique qui en fait la synthèse. Remarquer la force expressive de l'anacoluthe qui impose au lecteur l'ipression d'une chute du philosophe dans le vide.

 

****/ Cf. Montaigne, Essais, I, 21 : « Nous ressuons [= suons abondamment], nous tremblons, nous pâlissons et rougissons aux secousses de notre imagination. »


[44  | 82]

Liasse II

> GF, p. 65.

> LdP, p.68-69.

> F, p. 78.

« Je ne veux pas rapporter tous ses effets.
Qui ne sait que la vue des chats, des rats, l’écrasement d’un charbon, etc. emportent la raison hors des gonds ?* Le ton de voix impose aux plus sages, et change un discours et un poème de force**. L’affection ou la haine, changent la justice de face. Et combien un avocat bien payé par avance trouve-t-il plus juste la cause qu’il plaide*** ! Combien son geste hardi la fait-il paraître meilleure aux juges, dupés par cette apparence ! Plaisante raison qu’un vent manie, et à tous sens**** !
Je rapporterais presque toutes les actions des hommes qui ne branlent presque que par ses secousses
*****. Car la raison a été obligée de céder, et la plus sage prend pour ses principes ceux que l’imagination des hommes a témérairement****** introduits en chaque lieu.
[<Qui voudrait ne suivre que la raison serait fou au jugement du commun des hommes. Il faut juger au jugement de la plus grande partie du monde.>******* Il faut, puisqu'il lui a plu, travailler tout le jour pour des biens reconnus pour imaginaires, et quand le sommeil nous a délassés des fatigues de notre raison, il faut incontinent se lever en sursaut pour aller courir après les fumées [= illusions] et essuyer les impressions de cette maîtresse du monde.]
[Voilà un des principes d'erreur, mais ce n'est pas le seul.]
[L'homme a bien eu raison d'allier ces deux puissances, quoique dans cette paix l'imagination ait bien amplement l'avantage, car dans la guerre elle l'a bien plus entier. Jamais la raison ne surmonte jamais tant l'imagination, au lieu que l’imagination démonte souvent tout à fait la raison de son sièges.] »
 

 

*/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 : « Les médecins tiennent qu'il y a certaines complexions aui s'agitent par aucuns sons et instruments jusqu'à la fureur. j'en ai vu qui ne pouvaient ouïr ronger un os sous leur table sans perdre patience ; et n'est guère homme qui ne se trouble à ce bruit aigre et poignant que font les limes en raclant le fer ; comme, à ouir mâcher près de nous, ou ouïr parler quelqu'un qui ait le passage du gosier ou du nez empêché, plusieurs s'en émeuvent jusques à la colère et la haine ». L'exemple du chat se trouve chez Descartes (Les Passions de l'âme, art. 136 : « les étranges aversions de quelques-uns qui les empêchent de souffrir (...) la présence d'un chat » )

 

**/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 :  « On m'a voulu faire accroire qu'un homme, que tous nous autres Français connaissons, m'avait imposé en me récitant des vers qu'il avait faits, qu'ils n'étaient pas tels que sur le papier qu'en l'air, et que mes yeux en feraient contraire jugement à mes oreilles, tant la prononciation a de crédit à donner prix et façon aux ouvrages qui passent à sa merci »

 

***/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 : « Vous récitez simplement une cause à l'avocat, il vous y répond chancelant et douteux : vous sentez qu'il lui est indifférent de prendre à soutenir l'un ou l'autre parti ; l'avez-vous bien payé pour y mordre et pour s'en formaliser, commence-t-il d'en être intéressé, y a-t-il échauffé sa volonté ? sa raison et sa science s'y échauffent quant et quant [= en même temps] ; voilà une apparente et indubitable vérité qui se présente à son entendement ; il y découvre une toute nouvelle lumière, et le croit à bon escient, et se le persuade ainsi. » 

 

 

****/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 :  « Vraiment, il y a bien de quoi faire une si grande fête de la fermeté de cette belle pièce, qui se laisse manier et changer au branle et accidents d'un si léger vent ! » La belle pièce est le jugement et le léger vent, celui de la voix.

 

*****/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 « Les secousses et ébranlements que notre âme reçoit par les passions corporelles peuvent beaucoup en elle, mais encore plus les siennes propres, auxquelles elle est si fort en prise qu'il est à l'aventure soutenable qu'elle n'a aucune autre allure et mouvement que du souffle de ses vents... » 

 

******/Témérairement comporte l'idée de hasard, conformément à l'étymologie. Cf. fragment [L60|B294|S94|LG56] qui évoque « la témérité du hasard qui a semé les lois humaines ».

 

*******/ Lafuma/Sellier : rien ; Brunschvicg :  « Qui voudrait ne suivre que la raison serait fou au jugement du commun des hommes. Il faut juger au jugement de la plus grande partie du monde. » ; Le Guern :  « Qui voudrait ne suivre que la raison serait fou prouve au jugement de la plus grande partie des hommes du monde. »

 

[44  | 82]

Liasse II

> GF, p. 66.

« Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leurs hermines, dont ils s’emmaillotent en chats fourrés* [Laf : chaffourés], les palais où ils jugent, les fleurs de lys, tout cet appareil auguste était fort nécessaire ; et si les médecins n’avaient des soutanes [= robes] et des mules, et que les docteurs n’eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties [= des quatre cinquièmes], jamais ils n’auraient dupé le monde qui ne peut résister à cette montre si authentique. S’ils avaient la véritable justice, et si les médecins avaient le vrai art de guérir ils n’auraient que faire de bonnets carrés ; la majesté de ces sciences serait assez vénérable d’elle-même. Mais n’ayant que des sciences imaginaires, il faut qu’ils prennent ces vains instruments qui frappent l’imagination à laquelle ils ont affaire ; et par là, en effet, ils s’attirent le respect. Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte, parce qu’en effet leur part est plus essentielle ils s’établissent par la force, les autres par grimace.
C’est ainsi que nos rois n’ont pas recherché ces déguisements. Ils ne se sont pas masqués d’habits extraordinaires pour paraître tels. Mais ils se sont accompagnés de gardes, de hallebardes [Laf : de troupes, de balafrés]. Ces trognes armées [Laf : troupes armées] qui n’ont de mains et de force que pour eux, les trompettes et les tambours qui marchent au-devant, et ces légions qui les environnent, font trembler les plus fermes**. Ils n’ont pas l’habit seulement, ils ont la force. Il faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme [= un homme comme les autres] le Grand Seigneur*** environné, dans son superbe sérail, de quarante mille janissaires.
Nous ne pouvons pas seulement voir un avocat en soutane et le bonnet en tête, sans une opinion avantageuse de sa suffisance****. »
 

 

*/ Chats fourrés : surnom donnés aux magistrats et universitaires qui portaient sur l'épaule, en insigne de leur dignité, un chaperon fourré, bourrelé circulaire à pendants d'étoffe garni d'hermine. 

 

**/ Cf. fragment [L25|B308|S59|LG23].

 

***/ Il s'agit du Grand Turc, évoqué au fragment [L17|B113|S51|LG15].  

 

****/ Cf. Montaigne, Essais, III, 8 :  « la gravité, la robe et la fortune de celui qui parle donne souvent crédit à des propos vains et ineptes ; il n'est pas à présumer qu'un monsieur si suivi, si redouté, n'ait au-dedans quelque suffisance autre que populaire. » 


[44  | 82]

Liasse II

> GF, p. 67.

« L’imagination dispose de tout ; elle fait la beauté, la justice et le bonheur, qui est le tout du monde. Je voudrais de bon cœur voir le livre italien, dont je ne connais que le titre, qui vaut lui seul bien des livres : Della opinone regina del mondo*. J’y souscris sans le connaître, sauf le mal, s’il y en a.
Voilà à peu près les effets de cette faculté trompeuse qui semble nous être donnée exprès pour nous induire à une erreur nécessaire. Nous en avons bien d’autres principes.
Les impressions anciennes ne sont pas seules capables de nous abuser : les charmes de la nouveauté ont le même pouvoir. De là vient toute la dispute des hommes, qui se reprochent ou de suivre leurs fausses impressions de l’enfance**, ou de courir témérairement après les nouvelles. Qui tient le juste milieu ? Qu’il paraisse, et qu’il le prouve. Il n’y a principe, quelque naturel qu’il puisse être, même depuis l’enfance, qu’on ne fasse passer pour une fausse impression, soit de l’instruction, soit des sens.
“Parce, dit-on, que vous avez cru dès l’enfance qu’un coffre était vide lorsque vous n’y voyiez rien, vous avez cru le vide possible. C’est une illusion de vos sens, fortifiée par la coutume, qu’il faut que la science corrige***.” Et les autres disent : “Parce qu’on vous a dit dans l’Ecole**** qu’il n’y a point de vide, on a corrompu votre sens commun, qui le comprenait si nettement avant cette mauvaise impression, qu’il faut corriger en recourant à votre première nature.” Qui a donc trompé ? Les sens, ou l’instruction ? »
 

 

*/ = De l'opinion, reine du monde. L'ouvrage n'a pas pu être repéré avec certitude. Pascal pourrait faire allusion, de mémoire, à La Forza dell'opinione, dramma morale de Francesco Sbarra, publié pour la première fois à Lucques en 1658. 

 

**/ Cf. Descartes, Les Principes de la philosophie, I, 47 : « Que pour ôter les préjugés de notre enfance, il faut considérer ce qu'il y a de clair en chacune de nos premières notions. Or, pendant nos premières années, notre âme ou notre pensée était si fort offusquée du corps, qu'elle ne connaissait rien distinctement... »

 

***/ Opinion de Descartes ; cf. Les Principes de la philosophie, II, 17-18.

 

****/ L'Ecole : l'enseignement de la théologie et de la philosophie (celle-ci incluant la physique) selon les principes et la méthode de l'Université médiévale. Dans la ligne aristotélicienne, l'Ecole prétend que la « nature a horreur du vide » . descartes, qui a pourtant combattu la scolastique, s'accordait avec elle pour nier le vide. Pascal a soutenu le contraire dans les Expériences nouvelles touchant le vide (1647) ; par ses expériences, il prouve que les effets qui sont attribués à la prétendue horreur du vide de la nature sont s'expliquent en réalité par la pesanteur de l'air (Récit de la grande expérience de l'équilibre des liqueurs, 1648).

 

[44 | 82]

Liasse II

> GF, p. 67-68.

« Nous avons un autre principe d’erreur : les maladies. Elles nous gâtent le jugement et le sens. Et si les grandes l’altèrent sensiblement, je ne doute pas que les petites n’y fassent impression à leur proportion*.
[68] Notre propre intérêt est encore un merveilleux instrument pour nous crever les yeux agréablement. Il n’est pas permis au plus équitable homme du monde d’être juge en sa cause. J’en sais qui, pour ne pas tomber dans cet amour-propre, ont été les plus injustes du monde à contre-biais [= en ses opposé, à rebours]. Le moyen sûr de perdre une affaire toute juste était de la leur faire recommander par leurs proches parents**.
La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles, que nos instruments sont trop mousses [= émoussés] pour y toucher exactement***. S’ils y arrivent, ils en écachent [= écrasent] la pointe, et appuient tout autour, plus sur le faux que sur le vrai.
[L'homme est donc si heureusement fabriqué qu'il n'a aucun principe juste du vrai, et plusieurs excellents du faux. Voyons maintenant combien… Mais la plus plaisante cause de ses erreurs est la guerre qui est entre les sens et la raison.****] »
 

 

*/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 :  « Il est certain que notre appréhension, notre jugement et les facultés de notre âme en général souffrent selon les mouvements et altérations du corps (...) ce ne sont pas seulement les fièvres, les breuvages et les grands accidents qui renverseent notre jugement ; les moindres choses du monde le tournevirent. Et ne faut pas douter, encore que nous ne le sentions pas, que, si la fièvre continue peut atterrer notre âme, que la tierce n'y apporte quelque altération selon sa mesure et proportion. »

 

**/ Cf. Guez de Balzac, Aristippe ou De la cour , Discours VI (1658) :  « J'ai vu de ces faux justes deçà et delà les monts. J'en ai vu qui, pour faire admirer leur intégrité, et pour obliger le monde de dire que la faveur ne peut rien sur eux, prenaient l'intérêt d'un étranger contre celui d'un parent ou d'un ami, encore que la raison fut du côté du parent ou de l'ami. Ils étaient ravis de faire perdre la cause qui leutr avait été recommandée par leur neveu ou par leur cousin germain ; et le plus mauvais office qui se pouvait rendre à une bonne affaire était un semblable recommandation. Lorsque plusieurs compétituers prétendaient à une même charge, ils la demandaient pour celui qu'ils ne connaissaient point, et non pour celui qu'ils jugeaient digne. »

 

***/ Cf. Montaigne, Essais, II, 17 :  « J'ai l'esprit tardif et mousse, le moindre nuage lui arrête sa pointe... »

 

****/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 :  « Cette même piperie que les sens apportent à notre entendement, ils la reçoivent à leur tour. Notre âme parfois s'en revanche de même ; ils mentent et se trompe à l'envi. »

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:50

[45 | 83]

Liasse II

> GF, p. 68-69.

« L’homme n’est qu’un sujet plein d’erreur naturelle, et ineffaçable sans la grâce. Rien ne lui montre la vérité. Tout l’abuse. Ces deux principes de vérité, la raison et les sens, outre qu’ils manquent chacun de sincérité, s’abusent réciproquement l’un l’autre ; les sens abusent la raison par de fausses apparences. Et cette même piperie qu’ils apportent à l’âme, ils la reçoivent d’elle à leur tour ; elle s’en revanche. Les passions de l’âme les troublent et leur font des impressions fausses. Ils mentent et se trompent à l’envi*.
[69] Mais outre cette erreur qui vient par accident et par le manque d’intelligence, entre ces facultés hétérogènes... (il faut commencer par là le chapitre des puissances trompeuses.) »
 

 

*/ Cf. Montaigne, Essais, II, 12 :  « Cette même piperie que les sens apportent à notre entendement, ils la reçoivent à leur tour. Notre âme parfois s'en revanche de même ; ils mentent et se trompe à l'envi. »

 

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[46  | 163]

Liasse II

> GF, p. 96.

« Vanité.
La cause et les effets* de l’amour. Cléopâtre**. »
 

Vanité_Cleopatre_sel79 */ Cf. le commentaire d'Eric de Tourrette : « (…) la complexité du réel oblige [Pascal] à démultiplier les séries causales : chaque fait a plusieurs causes, et chaque cause engendre un nombre indéfini de conséquences. Pascal, surtout, sait fort bien qu’il n’y a pas nécessairement de proportion entre la cause et la conséquence : c’est-à-dire qu’un élément intrinsèquement infime peut paradoxalement engendrer des effets démesurés, au point de heurter la raison. Le nez de Cléopâtre (LG392) en est l’exemple le plus connu et le plus piquant, mais non le seul : “Un bout de capuchon arme 25000 moines” (LG16), “La puissance des mouches, elles gagnent des batailles, empêchent notre âme d’agir, mangent notre corps.” (LG20), “Cromwell allait ravager toute la chrétienté […] sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretère.” (LG632), “[Le moindre mouvement importe à toute la nature,] la mer entière change pour une pierre.” (LG722). On reconnaît à peu près ce que nos modernes mathématiciens du chaos, s’inspirant d’une célèbre nouvelle de Ray Bradbury (Un bruit de tonnerre), appellent, en matière de météorologie, “l’effet papillon”. À toujours traquer causes et effets, la pensée de Pascal fait ainsi l’expérience d’une déroute de la raison, foncièrement réticente à admettre de telles disproportions, malgré l’évidence contraignante des faits. Sa foi n’en est que renforcée. » (Blaise Pascal, Pensées, Grandeur et misère de l’homme, Bréal, « Connaissance d’une œuvre », p. 74-75)

**/ Premier des trois fragments de Pascal sur Cléopâtre.
Cf. fragment  [L195|B37|S228|LG183]  : « [Rien ne montre mieux la vanité des hommes que de considérer quelle cause et quels effets de l'amour, car tout l'univers en est changé. Le nez de Cléopâtre.]  »
Cf. fragment  [L413|B162|S32|LG392]  : « Qui voudra connaître à plein la vanité de l'homme n'a qu'à considérer les causes et les effets de l'amour. La cause en est un je ne sais quoi. Corneille. Et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu de chose qu'on ne peut le reconnaître, remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier. Le nez de Cléopâtre : s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » Le je ne sais quoi est, au XVIIe siècle, la figure de l'irrationnel. Pascal fait référence à Corneille qui a publié en 1639 la pièce de Médée, dans laquelle on peut lire (ac. II, sc. 5, v. 635-636) : « Souvent je ne sais quoi, qu'on ne peut exprimer / Nous surprend, nous emporte et nous force d'aimer . » L'expression se retrouve, toujours associée au sentiment amoureux, dans Rodogune (ac. I, sc. 7) : « Il est des noeuds secrets, il est des sympathies, / Dont par le doux rapport des âmes assorties / S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer / par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer . »

AsterixCleopatreNez

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:49

[47  | 172]

Liasse II

> GF, p. 97-98.

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous rappelons le passé ; nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt, si imprudents que nous [98] errons dans des temps qui ne sont point nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient, et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent d’ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu’il nous afflige, et s’il nous est agréable nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver. Que chacun examine ses pensées. Il les trouvera toutes occupées au passé ou à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:49

[48 | 366]

Liasse II

> GF,p.167-168.

« L’esprit de ce souverain juge du monde n’est pas si indépendant qu’il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d’un canon pour empêcher ses pensées. Il ne faut que le bruit d’une girouette ou d’une poulie. Ne vous étonnez point s’il ne raisonne pas bien à présent une mouche bourdonne à ses oreilles : c’en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu’il [168] puisse trouver la vérité chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes. Le plaisant dieu que voilà ! Ô ridicolosissimo eroe ! » 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:49

[49  | 132]

Liasse II

> GF, p. 82-83.

« César était trop vieil, ce me semble, pour s’aller amuser à conquérir le monde. Cet amusement était bon [83] à Auguste et à Alexandre. C’étaient des jeunes gens qu’il est difficile d’arrêter, mais César devait [= aurait dû] être plus mûr. » 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:48

[52  | 305]

Liasse II

> GF, p. 148.

« (Raptus est) (?)
Les suisses s’offensent d’être dits gentilshommes et prouvent leur roture de race pour être jugés dignes des grands emplois. »
 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:48

[51  | 293]

Liasse II

> GF, p. 142.

« Pourquoi me tuez vous à votre avantage ? Je n’ai point d’armes — Eh quoi ! ne demeurez vous pas de l’autre côté de l’eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté je serais un assassin, et cela serait injuste de vous tuer de la sorte. Mais puisque vous demeurez de l’autre côté je suis un brave et cela est juste. » 

 

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