Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : L'atelier
  • L'atelier
  • : Blog de la PTSI-A du lycée Gustave Eiffel (Bordeaux) : autour du cours de physique chimie, et bien au-delà...
  • Contact


Archives

3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 23:04

Partager cet article

Repost0
4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 23:52


Partager cet article

Repost0
31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 23:05

à chacune et à chacun, je souhaite une bonne année 2012, sous le signe du renouvellement et de la santé, du corps et de l'esprit.

 

«  Quand l'année tourne sur ses gonds, ce n'est plus le temps de gémir. Les vieilles feuilles sont enterrées, les vieilles branches sont brûlées. Les arbres font dentelle, et le ciel regarde la terre. Les bruits ne se perdent plus dans l'épaisseur ; ils bondissent d'un écho à l'autre. L'outil sonne gaiement contre la pierre. L'été a fini d'être mort. C'est bien le temps de l'espoir, et des heureux souhaits. J'admire comme le sous-chef va dire ces choses au chef ; et peut-être ni l'un ni l'autre n'en voit la raison ; ils pensent seulement que c'est la coutume. Or non, ce n'est pas la coutume qui chaque jour ajoute au jour une petite durée. Il faut le dire, et se le dire. Car le froid commence à mordre, et l'on voudrait penser que la terre refuse l'homme ; mais il y a d'autres signes, de meilleurs signes. Et la chance de l'homme est en ceci que, lorsqu'il a balayé l'automne et amassé des provisions en vue des temps difficiles, justement quand il entre dans la misère, l'espérance lui vient toute neuve, et pure, et transparente. Il faut seulement avouer que la ville n'en sait pas grand'chose, elle qui se passe des saisons.
Le sentiment de l'aurore est le plus puissant et le plus constant de tous, si seulement la nuit règne selon la nature. Car il n'y a aucune ressemblance entre le soir et le matin. À chaque minute du soir l'ombre gagne. C'est pourquoi l'on ne ressent jamais au matin l'inquiétude du soir. Les nouvelles touches de lumière nous rassurent d'instant en instant ; cela fait une grisaille toute souriante. Quand tout serait pareil, mêmes couleurs, même brouillard, mêmes coins d'ombres, un moment du matin serait encore tout l'opposé d'un moment du soir. Or les successives aurores de janvier font elles-mêmes une grande aurore. Quand je dis qu'il faut espérer, j'entends, que nous ne pouvons nous empêcher d'espérer ; libre à nous d'y consentir ou non. J'ai remarqué un piège dans la pensée, c'est qu'elle contredit volontiers l'espoir, comme elle contredit tout. Que de vieilles corneilles qui annoncent le malheur ! Et que de jeunes ! Le XIXe siècle fut empoisonné de ce genre de savoir. Poètes et penseurs pré-disent aigrement ; je ne vois guère que Hugo qui ait su espérer ; c'est qu'aussi il tenait la nature à pleins bras. Je comprends que les vieilles corneilles n'aiment pas Hugo.
Maintenant, quelle est la faute, tant bien que mal corrigée, un peu partout corrigée ? La faute fut de méconnaître l'ordre des valeurs. La volonté marche la première ; on se réveille à cette idée, qui est celle de Descartes. La faute du XIXe fut de contempler et d'annoncer ; le grand tableau des lois effaça la volonté libre ; et l'intelligence resta tristement couchée. Penser noir, ce fut penser. Peut-être faut-il dire que la liberté politique fit faillite, faute d'une liberté métaphysique ; et qu'à partir de là, égalité et fraternité devaient périr ; car l'une et l'autre doivent être voulues. Et oui, au fond, nos vertébrales pensées doivent être voulues. Il faut croire en soi et espérer ; mais il faut vouloir croire en soi et vouloir espérer. Cette sorte de tyrannie généreuse est au fond des tyrannies de style nouveau. Les grandes idées de la Révolution s'y retrouvent, mais cette fois jurées et imposées. Cet étrange régime a des harmonies et des promesses ; il est absurde comme toute liberté forcée est absurde ; mais il est grand et fort en ce qu'il interdit de désespérer. À nous de mieux prendre le tournant. Toujours est-il qu'une autre journée commence, plus grande que l'année. Assez de gémissements et de mauvais prophètes.
Tel est mon sermon ; en tout temps obscur et difficile ; aidé maintenant et porté par la saison, et par la coutume même. Car, à répéter : « Bonne année ! » on finira par se réveiller soi-même à ce qu'on dit. On ne dit pas que l'année sera bonne ; on n'en sait rien ; ce qui arrive nous surprend toujours ; aussi est-il vain d'y penser d'avance. Ce qu'on dit, c'est qu'il faut choisir de la penser bonne, cette année nouvelle. Et profiter pour cela de ce secret mouvement de nature, qui nous a changés et retournés depuis la Noël. Bonne nouvelle, oui ; mais qui doit enfin toucher terre. La bonne nouvelle, c'est que les hommes ont juré d'être contents, de tout résoudre, autant qu'ils pourront, par joie et amitié, ce qui est penser printemps en Janvier. Je vous souhaite de penser printemps.
»

Alain,
Les Saisons de l'Esprit (1935) ,
  1er janvier 1933.

 

A bientôt pour de nouvelles et belles aventures !

Partager cet article

Repost0
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 23:25
Alain résume l'importance qu'il donne à l'image du violon dans ses écrits par l'intermédiaire du médecin qui s’interroge sur l'homme :
« "L'homme n'est-il pas comme le violon, grinçant ou sublime selon l'archet ? Dix ans à grincer, par une malencontreuse attaque, et soudainement sublime comme s'il n'avait jamais grincé ; d'ailleurs toujours content" »
(Alain, Esquisses de l’homme, 1927, 1938,
XXXII, « La comédie humaine », 14 décembre 1935)

Alain écrira un nombre incalculable de variations sur le violon comme métaphore de la nature humaine qui nécessite d'être formée et travaillée inlassablement par l'homme conscient de sa responsabilité d'être... homme.


(Henri Matisse, Intérieur au violon, entre 1917 et 1918)


Et je ne pouvais faire
autrement que citer dans cette catégorie consacrée à la marche intellectuelle la description alinienne de la marche forcée du violoniste :
« Un violoniste célèbre, aujourd'hui retiré, et qui eut, entre beaucoup de signes éminents, le privilège de donner toujours la note juste, revenait d'Italie, où il s'était donné des vacances. Aux questions d'usage, s'il se portait bien, s'il était reposé et content, je l'entendis répondre de son air tranquille : « Cela va bien, merci. Je joue faux. »


(Henri Matisse, entre 1917 et 1918)

Ce mot me rappela les sévères leçons de mon maître d'escrime, qui, dans un art non moins difficile, avait saisi aussi les derniers secrets ; mais sa science elle-même le conservait en modestie. « Si je demeure, disait-il, quelques jours seulement sans travailler, c'est comme un voile qui descend devant mes yeux, je puis ferrailler encore, et même toucher par aventure ; je devine, mais je ne vois plus. Si je reprends le travail d'âne, comme d'un enfant qui épèle, alors peu à peu le voile se lève, et je vois tout ce qui arrive de l'autre et tout ce qu'il faut faire, si vite que les épées tournent, aussi clair que je vous vois. » Les vrais artistes sont guéris de vanité, et bien vite, car un éloge non mérité irrite plutôt. Mais il faut qu'ils soient guéris aussi de l'orgueil c'est le second moment de la puissance. Quelle est la différence entre orgueil et vanité ? En ceci que le vaniteux se contente de signes menteurs, comme si on loue un auteur pour ce qu'il a copié d'un autre ; au lieu que l'orgueilleux se réjouit d'une puissance réelle, qui a donné ses preuves ou qui a fait ses oeuvres. Et l'orgueil est toujours creux en ceci qu'il croit que la puissance, une fois qu'elle est acquise, se conserve d'elle-même. Par exemple un homme est vaniteux s'il porte avec plaisir les insignes du courage sans les avoir mérités ; un homme est orgueilleux s'il s'établit dans son courage cent fois prouvé comme dans un bien, considérant toujours ses actions passées, et voulant qu'elles suffisent. Et elles suffisent aux yeux des autres, qui attendent le courage de lui comme l'eau d'une source ; mais lui, après tant d'actions, il se retrouve toujours dépouillé et nu comme au jour de sa naissance, ayant de plus, comme charge et fonction, d'être désormais au-dessus de l'homme. Or cela lui est aussi difficile qu'au premier jour, et quelquefois plus difficile, par son expérience même. Un savant aussi est comme dépouillé de sa science passée. S'il s'en habille, le voilà d'orgueil rejeté en vanité. L'infatuation d'un homme instruit, loué, célébré partout, est une des sources de la sottise sans mesure. On pourrait dire que la vanité est la punition de l'orgueil. Dès qu'il se redresse et se trouve assuré de faire mieux qu'un autre, il est aussitôt au niveau le plus bas. Tous les hommes qui ont travaillé avec suite ont ce sentiment que rien n'est jamais acquis, et que tout doit être conquis et reconquis. Un vieux sage, et qui avait droit au repos, disait, comme on traitait de choses difficiles : « Autrefois j'ai compris cela. » Les artistes, encore plus que d'autres, sont soumis à cette grande loi. Car il n'est pas vrai, et il n'est même pas vraisemblable, qu'une oeuvre faite rende plus facile l’œuvre à faire. Il faudrait donc se copier soi-même ; et il n'est point un signe de décadence qui soit plus clair que celui-là, pour l'artiste et aussi pour les autres. C'est par ce sentiment triste que le talent descend aussitôt à la manière. C'est pourquoi le moindre succès veut être vaincu par un redoublement de travail.


(Henri Matisse, Violoniste à la fenêtre, 1918
Centre George Pompidou)

Beethoven, sur la fin de sa carrière, savait encore se remettre au métier, écrivant des harmonies modernes sous d'anciennes chansons ; ainsi il refit son génie, et devint capable, par cette imitation écolière, d'inventer encore. Les oeuvres faites servent alors de points de comparaison, et nous somment de les dépasser. La gloire n'est donc pas garantie ; et la gloire est une épreuve redoutable ; l'esprit n'en jouit qu'au commencement ; ensuite il en a la charge, et s'il ne la sent pas, cela est signe qu'il descend. C'est une marche forcée qu'il faut reprendre tous les matins. »
(Alain, Esquisses de l’homme, 1927, 1938,
LXII, « Orgueil et vanité », 9 septembre 1921)

.

Partager cet article

Repost0
30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 17:26

Il est encore temps de vous procurer le numéro d'octobre de la superbe revue Books. Articles de fond sur des sujets variés et passionnants :

Partager cet article

Repost0
7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 21:56


 

Tick of the Clock - Chromatics


 

A Real Hero - College 

 

 

Nightcall - Kavinsky 

 

 

Télérama.fr : Les termes du contrat sont simples : il ne participe pas au braquage, il conduit, exclusivement. Pour semer la police, il lui faut cinq minutes, montre en main. L'homme bosse seul, sans arme. Une fois sa mission accomplie, il disparaît... Cette manière de procéder est d'une efficacité redoutable. D'emblée, le cinéaste enrichit la scène de genre qu'est la course-poursuite : aux moteurs vrombissants et aux pneus qui crissent, il ajoute le silence. Dans la forêt urbaine de Los Angeles, on voit le bolide se déporter soudain, stationner tous feux éteints. Avant de bondir de nouveau et de filer dans la nuit, à tombeau ouvert, laissant les braqueurs, passagers à l'arrière, éberlués.
Une ouverture très stylée, promesse de chef-d'oeuvre. Ce que ce sixième film de Nicolas Winding Refn (auteur danois de la trilogie Pusher et du Guerrier silencieux) n'est pas, parce qu'il ne prétend pas l'être. Drive débute comme du Tarantino ou du Michael Mann, avant de la jouer plus modeste et de suivre le sillon de ces films noirs de série B, façon Joseph H. Lewis ou Don Siegel. Le héros y est un solitaire taciturne, chauffeur la nuit, cascadeur à Hollywood le jour. Un homme qui ne dort pas, sans ami, à part un garagiste boiteux qui pourrait être son père, magouilleur à ses heures. C'est la revanche du figurant - dans les polars, le chauffeur est en général un personnage secondaire. Il passe ici au premier plan, tout en gardant son indépendance de lonesome cowboy. L'amour peut-il l'atteindre ? Il surgit en tout cas sous les traits d'Irene (Carey Mulligan), charmante voisine au regard triste, mère d'un bambin et dont le mari est en taule. Entre elle et le cascadeur, cela pourrait coller. Mais il s'éclipse dès que le mari est de retour au foyer ; et vient même porter secours à ce dernier. Pourquoi ce sacrifice ? Que veut-il au juste ? On s'interroge d'autant plus que son flegme et sa gentillesse peuvent cacher une brutalité inouïe. Qui jaillit dans une belle scène d'ascenseur où la tendresse d'un baiser est aussitôt suivie d'un déchaînement de violence.

[Lemonde.fr : Moins que les péripéties d'un récit qui s'amuse avec des situations déjà éprouvées ailleurs, c'est une ambiance particulière que capte la caméra de Nicolas Winding Refn. Une atmosphère menaçante, celle d'un Los Angeles où les lieux sans qualités succèdent aux espaces désincarnés par l'anonymat des nuits éclairées aux néons multicolores. Un monde presque irréel. C'est aussi la bande musicale, privilégiant l'électro-rock, qui donne un rythme bizarre au film, entêtant, mécanique et fatal. Et c'est une chanson romantique (Oh My Love ! écrite en 1974 par Riz Ortolani pour le film Les Négriers) qui scellera, avec un diabolique effet paradoxal, ce que l'on prendra comme une mutation du personnage, devenue machine à tuer. Car ce que semble raconter Drive, c'est la bonne vieille transformation d'un homme qui perd tout visage humain. La séquence au cours de laquelle il enfile un masque en latex avant de tuer un mafieux apparaît ainsi presque trop évidemment métaphorique d'une telle évolution morale du personnage.
La force du film de Nicolas Winding Refn est d'inscrire cette mutation implacable dès ses premiers moments. Le héros de Drive est un professionnel, catégorie très appréciée dans le cinéma d'action hollywoodien. Mais ses compétences sont ici une manière, pour lui, de s'identifier presque trop parfaitement à ses actes.
Au cours d'une brève séquence, il menace un de ses anciens complices, trop bavard, rencontré par hasard dans un bar, de lui défoncer le portrait. Ce qu'il fera plus tard, littéralement, avec un homme de main chargé de le suivre, sa vraie nature apparaissant désormais et rendant impossible la promesse d'histoire d'amour que ses attentions pour sa voisine semblaient contenir. Dire ce que l'on fait (au tout début du film, il énonce au téléphone, à de futurs complices, ses instructions et ses conditions, dont on sent qu'il ne déviera pas) et faire ce que l'on dit deviennent ici la marque de la folie. Ce langage pris "au pied de la lettre", signale la psychopathie d'un héros au visage d'ange.
]

 D'Eastwood (période Dirty Harry) au Steve McQueen de Bullitt, on connaît ce type de justicier peu loquace. Ryan Gosling apporte quelque chose de dif­férent, de moins viril : une silhouette élancée, une réserve, à la fois stoïcisme et timidité. Celle d'un ange exterminateur et d'un chevalier errant, défenseur de la veuve et de l'orphelin. L'ironie veut qu'il porte même un blason, un scorpion jaune sur son blouson argenté. Autant dire que le réalisateur joue avec les archétypes, s'amuse à brouiller les repères. Le graphisme rose du générique, la musique synthétique assez disco, les looks réveillent des souvenirs de vieilles séries de la fin des années 1970 (genre Starsky et Hutch). Entre pastiche et hommage, Refn cherche moins à créer quelque chose de nouveau qu'à dérouler du déjà-vu en réécrivant dessus. A revi­si­ter, au ralenti ou en accéléré, cette ville mythique de Los Angeles, lieu des studios et cité sans fin ni centre, saturée de parkings, anonyme. De là ces visages figés que tendent les personnages.
Le titre est heureux. Ce n'est pas tant ce conducteur un peu irréel qui prime, mais l'action de rouler (drive). Rouler pour fuir, avec cette sensation que le destin se joue dans ce recommen­cement perpétuel. Nicolas Winfing Refn a réussi à fondre voiture et cinéma, en honorant leur fonction première : nous transporter.

Partager cet article

Repost0
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 23:27

 

« Le courageux sait la valeur et la désespérance de l’éphémère. Mais il est celui qui ne construira passon ressentiment dessus. Il est d’ailleurs celui qui a la volonté de l’absence de ressentiment. C’est bien là une lutte car le ressentiment reste l’option la plus ration­nelle qui soit quand on connaît les manquements de la vie par rapport à la raison. Il serait alors très logique que la raison bâtisse son amertume à partir des déconve­nues et des insuffisances de la vie. Mais voilà, le cou­rageux — et c'est en ce sens aussi qu’il porte en lui un accès à l’indescriptible — garde par-devers lui le sens et la volonté de la joie. Nul ne sait s’il l'éprouvera réel­lement. L’affirmer serait utopie et vain rêve. Mais du moins se sera-t-il tenu dans son sillage. Et le sillage de la joie, s’il n’est la joie, reste un sûr rempart contre le ressentiment et la mésestime de soi-même.

Le courageux se situe ainsi du côté de l’optimisme bergsonien. Cet optimisme peut sembler une provoca­tion. Ou alors un manquement à l’intelligence. Mais c’est plutôt le signe d’une détermination à agir. Si la joie n’est pas certaine, la volonté de la joie est à la por­tée des hommes courageux et, d’une certaine manière, [103] cela nest pas vain car cela évite la barbarie. Il n’y a pas d’éthique du désespoir, et Bergson sait à quel point il faut être de “ceux dont les désirs sont sur terre”.

(…) Mais le parrèsiaste n’est pas naïf Il est au contraire le plus clairvoyant des hommes. Faire le pari de l’optimisme, c’est surtout refuser de faire celui de la fantasma­tique. Refuser de miser sur la fuite du réel comme source du bonheur. Faire le pari de l’optimisme, c’est assumer la responsabilité d’un destin. La maxime morale est donc simple : “Rien ne sert d'être tragique, il suffit d'être sérieux.”

(…) [104] (…) l’éthique bergsonienne est une philosophie de la joie dans la mesure où la joie ne s’identifie pas à la grâce mais à l’état de grâce, cet état volontaire qui témoigne d’une volonté de joie et d’une âpre activité de la part du courageux. (…) Si l'éthique bergsonienne de la joie est une épistémologie du courage, c’est parce qu’elle sait que “l’homme est en résidence forcée dans le devenir”, qu'il est “le forçat des travaux forcés de la temporalité”.

(…) ce n’est pas une joie hors du monde. La joie des courageux renvoie à l’horizon terrestre. 

(…) [106] (…) le courageux ne spécule pas sur son courage. Il n’est pas un Narcisse prêt à se mirer dans l’idée et l’acte du courage. Il n’attend rien en retour. Il sait que les éthiques du courage sont sans réciprocité, comme celles du don. Peut-être, en dernière instance, est-ce un don de soi à soi ? Un don qui nous revitalise tout autant qu’il requiert un sacrifice de nous-mêmes. Mais c’est aussi un don envers les autres, qui peuvent reprendre courage en voyant un homme devenir coura­geux et passer à l’acte, lui si anciennement ordinaire.

(…) [109] (…) là se situe préci­sément la joie, la volonté de la joie, dans ce “contente­ment à continuer”. La joie naît de l’effort à accomplir, et l’homme joyeux se réjouit non pas “d’avoir mais de donner, ni de thésauriser, mais de dépenser, ni de se ménager, mais de se sacrifier” [Vladimir Jankélévitch, La Mort, Paris, Flammarion, coll. “Champs”, 1977; reed. 1999, p. 197]. Laissons de côté l’aspect un brin trop béat et optimiste de la description du joyeux. Concentrons-nous sur l’absolue simplicité dont il témoigne. La joie dans l’effort, c’est là un autre nom pour dire la joie sans encombre, sans alentours, sans alambics. Il suffit de vouloir être courageux et de passer à l’acte, et la joie devient accessible. Nulle néces­sité de manifester un acte intellectif plus sophistiqué. Au contraire, la capacité de simplicité dont fait preuve l’épistémologie du courage est la bienvenue : elle seule sait vraiment capter le mystère de l’adéquation entre le dire et le faire, même mystère qui règle la course des ins­tants et fait de la vie une éternelle naissance. »

Cynthia Fleury,  

La Fin du courage, La reconquête d'une vertu démocratique,

Paris, Fayard, 2010 ; réed. Paris, LGF, 2011, p. 102-109

(Le Livre de Poche, Biblio essais no32334)
Fleury_Courage

Partager cet article

Repost0
16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 22:47

Vient de paraître Pour en finir avec le Cinéma, du talentueux Blutch : obscur parfois, magnifique toujours, grave et léger à la fois, entre le journal intime et la déclaration d'amour aux films hollywoodiens des années 1940-1970.

Tout est beau, tout est bon, et la présence de Burt Lancaster qui  est "tous les hommes à la fois", "si émouvant, film apès film" pour finalement "périr en pblic".

Comme d'habitude, c'est une claque absolue pour tout amateur de dessin et de bande-dessinées. Et comme son cinéma coïncide avec le mien, à peine découvert, je me devais de vous en faire part ;-)

Partager cet article

Repost0
5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 23:25

Partager cet article

Repost0
14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 12:00

 

Partager cet article

Repost0