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  • : Blog de la PTSI-A du lycée Gustave Eiffel (Bordeaux) : autour du cours de physique chimie, et bien au-delà...
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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 15:49

Le 17 juin 1946, un an après la seconde guerre mondiale et un an avant de disparaître à 99 ans, Max Planck donne un dernier discours à Göttingen, lequel s'achève sur les fondements d'un recherche scientifique qui rejoignent la haute exigence morale qui repose sur chaque homme :

« En cette matière, un dilemme sérieux et fondamental doit cependant être affronté. Si l’on voit, à travers tant d’exemples, que de grandes et importantes questions se révèlent de faux problèmes à une analyse minutieuse et que pratiquement le mot même de réel varie souvent de sens selon le point de vue adopté, – n’est-ce point que la connaissance scientifique se ramène à un simple relativisme ? Et dans ce cas n’y aurait-il en elle, ni vue universellement valable, ni réalité absolue, indépendante de quelque perspective particulière ?
Il serait à vrai dire bien malheureux qu’il en fût ainsi. Non : il peut exister en science, aussi, des règles absolument correctes et décisives, tout de même qu’il y a des valeurs absolues en éthique. En outre, et c’est là la chose essentielle, ces préceptes, ces règles et ces valeurs mêmes, sont les buts 1es plus importants et les plus dignes d’efforts, dans toute entreprise intellectuelle. Dans le domaine des sciences exactes, on trouve les valeurs des constantes universelles, telles que la quantité élémentaire d’électricité, ou encore le quantum élémentaire d’action, et beaucoup d’autres. Ces constantes apparaissent toujours les mêmes, quelle que soit la méthode utilisée dans leur mesure. Chercher à les découvrir et à décrire tous les processus physiques et chimiques à partir de ces constantes voilà l’entreprise que nous puissions vraiment tenir pour le but ultime de la recherche et de l’étude scientifiques.

La situation n’est pas différente dans le domaine de la religion et de l’éthique. A coup sûr, là encore, un rôle considérable appartient souvent au point de vue que l’on adopte en conséquence de conditions spéciales, impliquées dans un problème donné. Il arrive souvent alors que la valeur morale de la sincérité apparaisse abaissée ou affaiblie d’une manière regrettable. Je veux complètement dédaigner ici les mensonges conventionnels auxquels l’on recourt par respect humain. Car la sincérité, cette vertu la plus noble de toutes les vertus humaines, doit bien régner ici, sur tout un domaine bien défini, dans lequel ses commandements acquièrent une signification morale absolue, indépendante de tout point de vue particulier. Il s’agit de la probité envers soi-même, devant sa propre conscience. Il n’existe pas de circonstance où l’on puisse admettre en ce domaine le plus léger compromis moral, la plus légère justification morale pour la plus minuscule déviation. Celui qui viole ce commandement, dans l’espoir peut-être d’obtenir momentanément quelque avantage temporel, en fermant délibérément et consciemment ses yeux à une stricte évaluation de la situation véritable, est comme un prodigue qui dissiperait toujours sa santé d’une manière insensée et qui doit inévitablement supporter tôt ou tard les graves conséquences de sa témérité folle.
Ces valeurs absolues en science et en morale sont celles dont la recherche constitue la véritable fin de tout effort intellectuel et de toute activité humaine, une fin à laquelle sont confrontés tous les hommes un jour ou l’autre sous une forme ou sous une autre. Cette tâche n’est jamais achevée, et le fait en est garanti par la circonstance que les problèmes véritables, quoique accompagnés parfois de faux problèmes, apparaissent constamment en d’incessantes variétés et suscitent constamment des tâches nouvelles à l’activité des hommes. Car c’est là l’ouvrage qui est comme le vent favorable nécessaire au navire de la vie humaine pour naviguer en haute mer et, pour évaluer la dignité de cet ouvrage, il y a une mesure infaillible, à jamais vénérable, une phrase qui figure le jugement décisif et impérieux pour tous les temps : “C’est à leurs fruits que vous les connaîtrez .”»


Max Planck,
Scheinprobleme der Wissenschaft
max_planck

 

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Published by Qadri Jean-Philippe - dans La joie partagée
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